Month: août, 2016

En vaisseau, Simone !

La catégorie SF, pour laquelle je ne donnais pas cher de ma peau l’année dernière, s’était finalement soldée par une excellente surprise, avec la lecture du tome 1 de Fondation. J’étais donc bien mieux disposée cette année envers la catégorie de space opéra, pour laquelle je pensais me rabattre sur le tome 2 de Fondation ou bien la bande dessinée de Graig Thomson, Space Boulettes (finalement un peu trop jeunesse à mon goût). Mais ces conciliabules en interne étaient sans compter le conseil enthousiaste d’une collègue sur Le Guide du voyageur galactique (ou la saga H2G2, abréviation de son nom original, The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy), qui en 8 mots, a suffi à motiver son achat le jour-même (la puissance de la concision).

Alors que la Terre est sur le point d’être détruite pour faire place à une voie express hyperspatiale, Arthur Dent, un humain vivant tranquillement dans son petit coin de terre, est sauvé in extremis par son meilleur ami, Ford Prefect. Ce dernier s’avère être un extraterrestre arrivé 15 ans plus tôt sur la Terre, initialement pour faire un simple repérage d’extra-badaud, et resté bloqué par inadvertance (de badaud à ballot, il n’y a qu’un pas). Mais avec la démolition de la Terre, une échappatoire lui est offerte et il entraîne Arthur dans son sillage : c’est reparti pour faire un tour dans la galaxie, afin de compléter ses notes pour la nouvelle édition du Guide du voyageur galactique, le guide du routard indispensable à tout voyageur désirant survivre en milieu galactique (plus ou moins) hostile.

M. L. Prosser n’était, comme on dit, qu’un homme. En d’autres termes, c’était une forme de vie bipède, fondée sur le cycle du carbone, et descendant du singe.

Coup de cœur, pour ce livre d’une légèreté qui défie les lois de Toto. Douglas Adams manie avec succès l’ironie, le ton sardonique et le loufoque, de son savoureux humour anglais, faisant effectivement penser aux Monty Pythons : c’est débile, comme pas permis. Le genre de débile qui nous fait regarder la page pendant cinq secondes, avant de murmurer, incrédule : « il a pas osé… » Du Tristram Shandy version SF (hey, ils font tous deux partie des listes de livres qu’il-parait-qu’on-rit-vraiment-beaucoup-puhu).

- Vous savez, remarqua Arthur, songeur, tout cela explique un tas de choses : toute ma vie durant, j’ai eu cette étrange et vague sensation que quelque chose dans le monde était à l’oeuvre, quelque chose d’énorme, voire de sinistre, et que personne ne voulait me dire quoi.
- Non, dit le vieil homme, ça, ce n’est que de la paranoïa parfaitement normale. Tout le monde ressent ça, dans l’univers.

Le livre regorge de répliques hilarantes, de petites piques et de concepts tournés en dérision. Douglas Adams interrompt souvent l’action d’une scène – qui de toute façon, n’a jamais grande importance – pour faire soudainement échanger deux personnages, au summum de leur absurdité, sur des questions très absconses. Il marie les contraires et manie la rupture de tons : du gros délire, qui rentre immédiatement dans les annales !

Comment te sens-tu ?
- Comme l’Université après réduction des crédits, répondit Arthur : j’ai perdu une partie de mes facultés.

Un nouvel univers s’est ouvert à moi, où les serviettes revêtent une importance capitale, où les dauphins ne sont pas là juste pour déconner, où on prend un max de temps pour essayer de répondre à LA question existentiellement métaphysique, avant de déclarer mystérieusement que… « C’est coton. »

J’ai dévoré ce premier tome, qui est passé à une vitesse folle et ne dérobe jamais aux joies du rire: on piaffe et on s’esclaffe, littéralement jusqu’à la dernière page, qui introduit sa suite. D’ailleurs, les titres des volumes constituant cette « trilogie en cinq tomes » sont alléchants – et mentionnés via l’intrigue de ce premier livre : Le Dernier Restaurant avant la fin du monde, La Vie, l’Univers et le Reste , Salut, et encore merci pour le poisson, Globalement inoffensive.

« Le sang, même celui des coupables, versé avec cruauté et profusion, souille éternellement les révolutions. »

Ainsi soit O

Benoîte Groult nous a quittés en juin cette année, à l’âge de 96 ans, après une vie plutôt bien remplie, que Catel s’était chargée de raconter, dans sa bio-graphique / reportage bd / portrait distancié publié en 2013 intitulé Ainsi soit Benoîte Groult. On y découvrait les grandes lignes de l’existence tumultueuse, féministe, bourgeoise qu’elle mena, son arbre généalogique (la moitié de la France glamour est liée à elle) ainsi que son existence peu paisible à l’âge de 90 ans, entre bourlingue sur les routes, conférences très pop’ et propos têtus (voire un peu limites) de vétérane. So long, Benoîtine !

Ainsi soit Benoîte Groult, de Catel

Son décès en juin m’a paru une bonne occasion de s’y pencher, aussi j’ai mis dans ma besace son Ainsi soit Olympe de Gouges, livre où elle s’empare de la figure féministe (sic) de la Révolution, Marie Gouze veuve Aubry, dite Olympe de Gouges.

Olympe de Gouges, en quelques mots : née dans le Sud, cette occitane est mariée à 16 ans et veuve (avec enfant à charge) à 17. Une vie de liberté l’attendait, puisqu’elle refusa catégoriquement de se re-marier (« le mariage est le tombeau de l’amour »). Par la suite, désirant un peu vibrer dans la vie, elle monte à Paris, s’installe dans le(s) cœur(s) littéraire(s) et intellectuel(s), développe sa carrière de dramaturge avant de se découvrir un goût fort prononcé et inaltérable pour la Patrie et les questions politiques et sociales qui animent les classes françaises, en cette fin de XVIIIe siècle. Elle se prend de passion pour la cause des esclaves (et des noirs libres), puis pour celles des femmes, et rédige, après la Révolution, la Déclaration des droits de la Femme, dans l’espoir de la faire adopter à l’Assemblée. « Girondine », s’attaquant sans en démordre à la tyrannie des Jacobins – Marat, Robespierre, Fouquier-Tinville et tutti quanti – elle finit par être emprisonnée sous la Terreur, et condamnée à l’échafaud, où sa tête roule en plein été 1793.

Autant dire que le petit livre de Benoîte Groult n’est pas réellement ce à quoi je m’attendais ! Peut-être plus un ouvrage dans la lignée d’Élisabeth Badinter, cf. Condorcet et Émilie Émilie, avec moult notes de bas de page et des propos bien référencés ?

Benoîte Groult verse complètement dans la vulgarisation. On sent un militantisme effronté, avec ses idées parfois un peu arrêtées, raccord avec le portrait en plusieurs teintes (de noir et blanc) qu’en avait fait Catel dans Ainsi soit Benoîte Groult. C’est light, c’est groove, c’est punch !

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Je dois dire que j’ai eu une impression de récit-gruyère, avec beaucoup d’ellipses laissées sur sa vie et ses activités. On passe en l’espace de quelques pages sur la moitié de sa vie (0 → 30 ans), on s’intéresse à ses premiers coups d’éclat… Puis je ne sais trop comment, à son activisme politique acharné pré et post-révolutionnaire (1789 – 1792). C’est un peu frustrant, le tout emballé et pesé en 60 pages.

Groult propose plus une introduction, un récit libre et sélectif pour saisir les enjeux des textes de Gouges. Mais il n’empêche que le contexte vient à manquer. Il s’agit bien d’une figure à réhabiliter (ce qui, je pense, est désormais en bonne voie) mais on a le sentiment que c’est un portrait très indulgent et parfois caricatural qui en est fait.

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Mais que cette lecture de l’Olympe de Groult ait été partielle et sommaire, à la limite tant mieux, puisque ma curiosité était suffisamment piquée pour que je puisse m’accrocher au récit bd de 400 pages de Catel et Bocquet, qui semblait une autre paire de manches que le dos nu de Kiki.

Effectivement, on referme ce pavé (comme une tombe) avec une idée très précise de ce que furent son ascension et sa chute. La très longue première partie traite du quotidien des 25 premières années, son entrée dans le monde cosmopolite parisien, sa fréquentation des intellectuels, son adoration des philosophes (salut Jean-Jacques !), ses flirts éclairés. Progressivement, elle s’imprègne du climat qui bouillonne, passe de l’autre côté de la scène théâtrale en rédigeant des pièces, amateures tout d’abord, puis se met en tête de les faire jouer à la Comédie-Française. De fil en aiguille, de rejets, de préjugés, et de mécontentement populaire grondant autour d’elle, sa conscience politique et sociale s’éveille, s’anime et ira jusqu’à frôler l’illumination.

Des détails de sa vie font mouche, notamment sa grande liberté clairement permise par l’absence d’attachement conjugal (ou familial) et la rente, que lui fournit pendant plus de 20 ans, son riche amant Biétrix de Rozières. Elle éprouvait des difficultés pour l’écriture et n’écrivit jamais rien elle-même mais dictait, à un fidèle Bertrand, l’ensemble de ses pièces, romans, placards et réclames, qu’elle apportait ensuite chez l’imprimeur pour les distribuer dans toute la ville.

C’est également l’occasion de se rafraichir un peu la mémoire sur cette période foutraque de notre Histoire, et de croiser des visages et des noms bien connus (grâce aux notices bibliographique de fin de volume, vous serez incollables sur les traitres à la patrie de cette sombre époque). En bonus « je réhabilite ces dames, intellectuelles et activistes, qui ont été gommées de nos livres », on croisera : Théroigne de Méricourt, Sophie de Condorcet, Charlotte Corday, Madame de Montesson, Fanny de Beauharnais ou encore Julie Candeille. Dommage néanmoins que Mary Wollstonecraft, l’auteure de la Vindication of the Rights of Women, que Sophie Condorcet fait découvrir à de Gouges et qui inspirera sa Déclaration des droits de la Femme, ne soit pas plus créditée dans la bd.

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Le livre fait office de manuel. C’est plein d’anecdotes, tellement fouillées qu’il fait parfois plus l’effet d’un document (pouvant paraître rébarbatif). Et c’est à se demander si ce n’est pas un virage que souhaite prendre le couple Catel & Bocquet, tant la forme est plus « éclairée » que Kiki de Montparnasse (dont leur chronique d’une femme et de son époque, était largement plus teintée de légèreté). On sent l’influence de la rencontre avec Benoîte Groult et du sujet en elle-même ; une impression de responsabilité / responsabilisation se détache de la lecture.

Cela tombe bien, le couple sort une nouvelle bd à la rentrée, sur Joséphine Baker. Ça va pouvoir se vérifier bien tôt ! D’ailleurs, nouvelles couvertures pour Kiki et Olympe, suivant celle de leur nouvel opus.

« Mrs Rachel Lynde is Surprised »

Il était bien 13 h passées, mon estomac commençait à peine à se rassasier, quand je me rendis compte aujourd’hui que nous étions le 26 juillet, et qu’il fallait souhaiter leur fête à toutes les Anne. Fortuit ! Cette découverte changea radicalement le cours de ma journée. À 17h17, je remuai mon mouchoir en direction de mes collègues de plateau et mes bouts de pieds en direction de l’ascenseur de service. À 18h23, je sortais d’un autre ascenseur, à Abbesses cette fois, et me dirigeai le pas résolu vers l’antenne de Petite Mendigote, bien déterminée à me féliciter moi-même d’être née une Anne. À 21h11, je m’emparai de mon exemplaire d’Anne of Green Gables pour me rafraichir la mémoire de la semaine précédente et m’attelai à la présente note, bien décidée à marquer le coup.

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Alors Anne of Green Gables, c’est un peu mon Star Trek à moi. Ou bien mon Star Wars (j’ai parfois du mal à différencier mon Trek de mon Wars, un peu comme mon Montgomery de mon Austen). C’est l’histoire qui a enchanté mon enfance, et mon adolescence, qui y a mis de la magie, de l’imagination, l’idée qu’il suffisait de se mettre de la poussière d’étoile dans la tête pour regarder le monde et que tout paraîtrait toujours scintillant. J’avoue avoir eu un éternel faible pour ce récit d’apprentissage, depuis la diffusion de la mini-série TV de Kevin Sullivan avec Megan Follows (que M6 diffusa de nombreuses fois entre 1985 et 2010, traduit sobrement par « Le bonheur au bout du chemin », dans le cadre de son programme qui marqua les réunions familiales dominicales, la bonne vieille « Saga du dimanche »). Combien de nuits à s’endormir et de jours à s’éveiller, la tête nourrie d’images de verte campagne, de terre rouge et de falaises amies ?

Anne Shirley, 11 ans, se retrouve expédiée sur l’île du Prince Édouard, à la demande d’un vieux couple (une sœur et un frère célibataires), les Cuthberts, qui voyant les années les rosser tous deux, se décident à demander de l’aide pour s’occuper de la ferme des pignons verts. Hélas, suite à un quiproquo, voilà-t-il pas qu’ils reçoivent à la place de leur garçon, une petite fille rousse virevoltante, qui tombe dans des rêveries toutes les cinq minutes, et n’est presque bonne à rien. Mais de son petit handicap, Anne révèle bientôt la graine de génie qui dort en elle…

Puffin in Bloom - Anne of Green Gables

Comment ne pas tomber sous le charme de cette petite orpheline, qui est dans l’incapacité mentale et physique de la mettre en sourdine, « quand le monde est une chose si intéressante » ? Le postulat d’Anne est d’une rare simplicité : « il est strictement interdit de cesser de rêver », avec franchement plus d’orgueil et de répondant. Vous pensiez vraiment que Trump avait plagiarisé son propre nègre ? Anne Shirley le disait déjà en 1908 : « Because when you are imagining, you might as well imagine something worthwhile », bien que le contexte fasse ici état d’une très belle robe en mousseline avec des manches bouffantes.

De même, Anne porte des valeurs que vous porterez aussi : on ne nivelle pas par le bas, aux Pignons verts ! « People laugh at me because I use big words. But if you have big ideas you have to use big words to express them, haven’t you? » On remarquera qu’Anne n’est pas radine en auto-suffisance : voilà une héroïne qui n’a, ni sa langue, ni son égo dans sa poche ! Elle se défend toujours, se justifie quoi qu’il arrive (si tu n’arrives pas à te disculper, toujours t’auto-justifier en remettant la faute sur le contexte : telle est la devise éponyme). Elle est intrépide, frondeuse, orgueilleuse et embrasse les folies des grandeurs de l’imagination romantique. Le seul vrai frein à son imagination demeure… sa rousseur.

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Anne fait figure d’enfant sauvage en arrivant aux pignons verts. Elle est excentrique, bavarde, plane, s’avère vaine mais d’une façon si délicieusement candide que l’on ne peut y résister. Marilla Cuthbert en fait l’expérience au chapitre 7, lorsqu’elle découvre qu’Anne n’a jamais fait de prière de sa vie. « Mrs Thomas told me that God made my hair red on purpose, and I’ve never cared about Him since. » Marilla est soufflée, elle en perd presque l’ouïe. Toutes deux jouent le jeu de l’apprentissage, et Anne, agenouillée devant Marilla (qui abandonne l’idée de tout lui enseigner en un soir), articule ainsi sa première prière devant témoin divin :

« Gracious Heavenly Father,

I thank thee for the White Way of Delight (l’allée des pignons verts qu’elle a renommée ainsi) and the Lake of Shining Waters (le lac d’en face qu’elle a également renommé dans la foulée) and Bony (la plante de la cuisine, qu’elle a renommée, aussi) and the Snow Queen (… l’arbre devant sa fenêtre, qu’elle a…) (ça fait 24 heures qu’elle est là). I’m really extremely grateful for them.

And that is all for the blessings I can think of just now to thank Thee for. As for the things I want, they’re so numerous that it would take a great deal of time to name them all, so I will only mention the two most important. Please, let me stay at Green Gables ; and please, let me be good-looking when I grow up. I remain,

Yours respectfully,

Anne Shirley »

Le monde des pignons verts est un monde rassurant, dans lequel on plonge armé de charentaises bien moelleuses et d’une part de tarte aux pommes bien chaude, sur laquelle s’affaisserait une timide boule de glace à la vanille. C’est vert, si vert, et blanc en hiver, les branches pesant sous le poids poussiéreux de la neige qui dégringole pour s’amonceler devant la fenêtre ; tandis que l’automne, flamboyant, se marie parfaitement au destin de cette petite orpheline rousse. Les amies de cœur se jurent des serments éternels dans les fougères, les garçons ne sont que des rivaux à l’école et on saoule la tronche à ses cops de 11 ans parce qu’on ne fait pas encore la différence entre le sirop et la liqueur de framboise.

C’est aussi un monde où l’on grandit, où certains vont à l’école, d’autres non ; chacun a ses raisons pour faire des études. L’existence d’Anne Shirley, quant à elle, est dirigée par l’idée de mérite : car émergée de nulle part et sans le moindre sou dans le trou de ses guenilles, il lui faut labourer avec acharnement pour se détacher du peloton et briller par ses connaissances.

Le baquegrounde

On connait peu son auteure dans nos contrées, mais l’auteure d’Anne of Green Gables, Lucy Maud Montgomery, était un sacré bout d’écrivain ! Mi-orpheline, accueillie par ses grands-parents sur l’île du Prince Édouard, elle suit une formation d’enseignante, publie dans les journaux locaux d’Halifax à l’âge de 17 ans, puis suit un cursus universitaire de littérature à 20 ans (on n’est quand même qu’en 1895 les gars) (pas trop mal pour une péquenaude). Le livre parut en 1908, après avoir essuyé moult refus (Montgomery avait alors 34 ans). La même année d’ailleurs – coïncidence ? Oui, je crois – L. M. Montgomery compose l’hymne provincial de l’île. C’est un peu une étoile montante, la Montgomery.

Pour la faire plus courte, c’était à la fois une lady précurseuse de son temps et une femme de révérend bien révérante, puisqu’elle finit tout de même par faire ses épousailles en 1911, une fois que son avenir littéraire est bien assuré. Et son avenir littéraire, causons-en, parce que c’est beinh surprenant. Anne of Green Gables est en réalité une série de quatre (Anne of Avonlea, Anne of the Island, Anne’s House of Dreams)– puis six livres (Anne of Windy Poplars, Anne of Ingleside). La page kiki se charge de vous aider à saisir les tenants et aboutissants d’une saga publiée en plusieurs tranches (avec en bonus, le volume « perdu » par l’éditeur, la veille de la mort de son auteure en 1942…)

Car Anne grandit, et finit même par avoir des enfants, qui ont leur propre histoire (Rainbow Valley ; Rilla of Ingleside), dans des villes fictives, Avonlea et Ingleside, qui connaissent elles-mêmes moult tumultes (Chronicles of Avonlea ; Further Chronicles of Avonlea ; The Road to Yesterday ; The Doctor’s Sweetheart ; Akin to Anne: Tales of Other Orphans ; Along the Shore: Tales by the Sea ; Among the Shadows: Tales from the Darker Side ; After Many Days: Tales of Time Passed ; Against the Odds: Tales of Achievement).

De fait, Montgomery a publié plus de 20 romans, 530 nouvelles, 500 poèmes et 30 essais. The list is long. Moi zaussi, cela me laisse coite. Il est vrai que, dans mon cas, c’est avec ravissement que je découvre la perspective de poursuivre mon immersion dans cet univers cotonneux : Montgomery avait d’ailleurs pour habitude de dire que son propre penchant tendait vers Emily (elle en avait probablement juste ras le chignon d’entendre parler de ces satanés pignons verts)… Et l’on connait assez bien les mouvements de sa pensée, grâce à son abondante activité de diariste (suivez le clic).

En France pourtant, l’œuvre de Montgomery demeure relativement anonyme. Quel dommage qu’elle ne soit pas plus exportée par chez nous. Il y a bien eu une édition France Loisir il y a vingt ans, et une nouvelle fort fort récente, sortie aux éditions Leduc. J’avoue que le bandeau me laisse pensive : « Une des plus belles histoires romantiques du monde ». D’ailleurs, dans la même foulée quasi-mystique, les éditions Leduc ont également traduit Polyanna, gros classique étranger, qui lui se voit affublé d’un médaillon « Best-seller » plutôt que d’un bandeau (logique, quand tu nous tiens). Et pourquoi un crépuscule sur ces deux couvertures ? Parce que ce sont des histoires qu’on lit aux enfants avant d’aller se coucher ? Dans la mesure où ce sont plutôt des livres jeunesse, l’astuce du crépuscule m’échappe passablement…

Mais peut-être est-ce simplement ma préférence qui va aux couvertures colorées d’outre-Manche / outre-Atlantique ?